On dit: est poète, celui qui adore Dionysos ou Apollon.
Je dis: est poète, celui qui adore le Feu pour s'y brûler.
Armatures de mensonges réduites en cendres, l'homme devenu poète devra s'employer continuellement à brûler dans l'Enfer des Vérités.
Viennent Dionysos et Apollon.
L'un dira au poète souffrant: "Prends cette bouteille et saoule-toi ! J'ai là de belles femmes qui se tortillent en sifflant. Laisse-là tes folies, et jouis des plaisirs que peut t'offrir ton corps".
L'autre: "Je suis la Lumière et la Vérité, je suis les Arts et la Beauté. Tu te tortures, alors que tu devrais te réjouir des vérités toutes faites. L'Art, lui aussi, est déjà tout fait. Que veux-tu donc faire?"
Le poète répond: "De l'Ivresse, je ne prends que des moments, qu'elle soit sexuelle ou éthylique. Pour ce qui est de la Vérité et de l'Art, l 'un est dans l'autre, indivisibles. Et chacun peut y ajouter sa pierre de Babel. Le Feu ! Le Feu est ce qui permet de voir par soi-même. Il brûle et fait mal, mais c'est là un choix à faire".
Un homme sort de terre: "Je suis professeur de lettres. Et je dis moi que l'on peut faire de la poésie sans le feu. On peut écrire de belles choses sans pour autant être un incendiaire. Tout a déjà été écrit, inventé, répertorié: il n'y a plus qu'à se servir".
L'un de ses élèves lui sort des entrailles: "J'écris moi aussi de la poésie. Ecoute:
"Du Firmament hautain
Descend mon destin.""
Le poète les observe et se tait. Faut-il que l'homme soit à ce point lâche?
Le chevalier des temps modernes et déconfits
dit
MELCHIOR (initiales: D.O. )