" Et bien, mes chers prisonniers. Comment allez-vous? Je me suis permis une petite collation. Une petite soif de sang à étancher, mais vous ne savez pas ce que c’est ", dit l’homme aux trois amis qui se regardèrent, perdus.
Une flopée d’ombres mouvantes se détacha, et demeura un instant face à lui, puis disparut.
L’homme s’assit.
" Je viens d’envoyer chercher vos trois amis fuyards ", dit-il le sourire mauvais.
***
Dans la voiture, Christophe, Benjamin et Stéphane dormaient encore, tâchant de régénérer leurs forces par une bonne nuit de sommeil.
Ils faisaient le même rêve, sans le savoir. Ils roulaient dans la voiture, à travers champ. Le ciel était sans nuage. Le soleil diffusait une luminosité chaude et amicale. Ils se sentaient en pleine forme, comme jamais ils ne le furent dans leur vie. Ils se tapaient parfois l’épaule, ou plaisantaient calmement. Quand un vent se leva. Il balaya la campagne, à la dénuder presque. Des nuages et une poussière dense obscurcirent le ciel. La voiture refusait d’aller plus loin. Ils entendaient un roulement au loin, pareil au son d’une armée en marche. Sans avertir, une sorte de boule d’un diamètre de près d’un mètre cinquante, à l’aspect membraneux, apparut au-dessus du sol. Loin de les effrayer cette apparition les rassura et fit une zone autour de la voiture où le vent ne chercha pas à s’aventurer.
Dans la forêt, les bruits familiers ne se firent plus entendre. On sentait dans l’air l’attente qui fait présager un danger inhabituel. Toutes les ombres de la forêt parurent devenir plus noires, plus concentrées. Petit à petit, et de manière extraordinaire, elles parurent se regrouper autour de la voiture dans laquelle les deux amis dormaient. Les herbes autour de la voiture semblèrent se colorer de noir et onduler comme des serpents prêts à frapper. Stéphane fut le premier à se réveiller en sursaut, suivi de ses deux amis. " Mais qu’est-ce qui se passe?... ", pensa-t-il à haute voix. Les deux autres étaient tout aussi surpris que lui. " Il arrive ce qui est arrivé chez Mireille... " Ils se serrèrent. La voiture fut soulevée de terre et secouée comme on secoue un sac pour faire tomber son contenu. Les portières s’ouvrirent, et ils tombèrent au sol. A terre, ils fixèrent éberlués leur voiture dans les airs qui finalement partit s’écraser contre un arbre. Les ombres s’agglutinèrent autour des trois amis qui cédaient à la panique. " Non! ", cria Stéphane. " Il faut pas qu’on ait peur. Djamel a raison: notre plus grand ennemi, c’est notre peur, il est en nous. " Tout d’un coup, une lumière éclatante le revêtit d’une amure de chevalier médiéval brillante de mille feux. Sa main droite s’arma d’une lourde épée à double tranchant. Un bouclier à l’allure solide s’emboîta sur son avant-bras gauche. Les ombres refluèrent de lui, pour se concentrer sur ses deux amis. Stéphane, à une vitesse ahurissante, déchiqueta ces enveloppes d’ombres qui commençaient à recouvrir Christophe et Benjamin. Moulinant comme un forcené de son épée, il parvint à mettre en fuite les ombres venues pour les emmener dans leur monde. Alors, son amure rutilante, son épée, et son bouclier, disparurent comme ils étaient venus. La forêt retrouva sa quiétude, ses habituels bruits nocturnes la remplirent à nouveau.
" Merde alors! ", jura Benjamin, " comment t’as fait ça? "
" Je n’en sais rien... Je me suis juste rappelé de ce que disait Djamel à propos de l’imagination: qu’elle pouvait exaucer n’importe lequel de nos vœux pourvu qu’on croit suffisamment intensément à sa magie et à sa puissance. J’y ai donc cru de toutes mes forces, ou plutôt, j’y ai cru comme par réflexe. J’avais dans mon esprit l’image d’un chevalier du Moyen Age, tout en amure, livrant bataille à des démons. Comme ceux si souvent décrits dans les romans d’heroïk-fantasy que j’aime bien lire ", avoua Stéphane.
" Ah, ben ça... ", s’étonnait Christophe. " Je me demande si je peux en faire autant. Je lis pas de romans d’heroïk-fantasy, moi. Tout ce que j’ai, dans mon imagination, c’est des loufoqueries... "
" Mais oui, c’est ça. C’est justement ça. Ce ne sont pas des loufoqueries. Djamel a toujours pensé que tu avais autant d’imagination créatrice que lui! C’est justement ça, ton truc. Stéphane lui rêve d’être un chevalier. Mais toi, tu rêves à trop de choses en même temps. En fait, tu rêves d’être un créateur... mais comme tout l’attirail moyenâgeux de Stéphane s’est tiré quand il n’y a plus eu de danger, je suppose que nos transformations ne sont que temporaires, stimulées par le danger... et si je comprends bien toute la pensée de Djamel (si limites elle a), elles ne sont pas définitives parce que notre esprit est trop attaché aux valeurs matérielles et rationnelles... ", disserta longuement Benjamin.
" Et toi, alors, à quoi tu rêves? ", demanda Stéphane.
" On peut pas vraiment dire que je rêve. Quand j’ai du temps de libre, je
descends bricoler dans ma cave. "
" Et bien! c’est ça: tu es celui qui agit sur les objets matériels, sur le plan physique! ", annonça fièrement Christophe. "
" Et à quoi ça peut servir contre des ombres, des entités immatérielles ", bougonna Benjamin.
" On sait jamais Benji... tu vas peut être nous sortir d’une situation difficile dans un proche avenir... ", prédit alors Stéphane. "
***
(Dans la dimension de l’ombre)
L’alter-ego fixait les ombres qui revenaient bredouilles. II eût un air désappointé : " Vos amis semblent devenir gênants. Pourquoi ne sont-ils pas aussi dociles que vous? pourquoi a t’il fallu que les paroles d’ " Abel " aient eu tant d’influence sur eux? Vous savez, je vais finir par bien vous aimer. Si seulement, ils pouvaient être aussi craintifs que vous. Cela me faciliterait la tâche ", dit il, moqueur, à ses trois captifs. Puis, il emprunta une porte invisible, probablement capable de s’ouvrir entre deux dimensions, comme on franchirait une porte d’un type normal qui délimiterait deux pièces contiguës.
" Je meurs de trouille ", dit Mireille qui observait avec angoisse les mouvements nerveux de la masse noire qui les entourait comme un banc de marécages avides. " Je sais pas trop combien de temps je vais tenir sans craquer ".
" Souviens toi de ce que se plaisait à dire Djamel: c’est dans l’adversité contre soi qu’on apprend sa valeur ", lança Eric en guise de réconfort.
" Arrêter de parler de ce taré comme d’un prophète! C’est à cause de lui si on est dans cette situation. S’il avait plié la nuque comme tout le monde, on en serait pas là ", lança nerveusement Aymeric.
Eric le regarda fixement, plein de dédain: " T’es vraiment un con, Aymeric! Tu comprends pas que si on en est là, c’est uniquement de notre faute. Parce que si on avait suivi les autres, on serait pas empêtrés dans cette merde qui nous colle encore plus que de la glue... "
" ... qui pue en plus ", le coupa Mireille.
Les deux autres fixèrent Mireille qui avait formulé cette constations déplacée, vu leur situation, sans même y penser. La légèreté de cette parole fit que tous trois s’esclaffèrent.
" Franchement, on devrait pas rigoler comme ça. On est dans la panade, et nous, on rit ", dit Aymeric tâchant de calmer son hilarité. " Et c’est vrai, t’as raison Eric: si on est ici, c’est de notre faute. Je le sais bien mais j’aime pas me l’avouer. J’ai jamais aimé être confronté à mes erreurs, ni par les autres ni par moi même.
" Et moi, si je ne m’étais pas édifié un édifice de rationalité rassurante, et si ensuite, je ne m’étais pas réfugié à l’intérieur, refusant l’entrée à toute idée sans logique, je ne me serais pas dégonflée, j’aurais suivi
les autres dans leur aventure ", observa Mireille.
" Moi, en fait c’est ma lâcheté et ma paresse qui m’ont dissuadé de les suivre ". Durant un bref instant, ils restèrent tous trois muets, comme méditant.
" OK! c’est pas tout ça mais il faut tâcher de se racheter en essayant de rejoindre les autres ", commença Eric.
" D’accord, mais comment on fait pour s’échapper de cet endroit qui nous file les jetons ", objecta Aymeric.
" Moi, j’ai une théorie. Loufoque, mais après tout qu’est ce qui n’est pas loufoque?... Je pense à ce type qui ressemble tant à Djamel. Il arrête pas de disparaître. C’est conne dans le roman Dune de Frank Herbert. Il y est question d’un type, qui est un messie, capable de faire " replier l’espace " sur lui même. En fait, c’est le principe même de la téléportation: j’ai lu ça dans un bouquin de physique théorique à la fac. A cette époque, je pensais ça complètement irréalisable, tout juste bon à être écrit dans un bouquin. J’ai été stupide: j’aurais dû me rappeler que la pensée objective a ses limites, et que ce qu’elle n’est pas capable d’expliquer est forcément impossible. Les fondateurs même de ce type de pensée auraient dû me rappeler à l’esprit qu’à leur époque un tout autre type de pensée était de mise, et que la leur tenait du charlatanisme. "
" C’est bien joli tout ça, Mi, mais où tu veux en venir. Tu veux appeler " Spok à l’inter "? "
" Ne plaisante pas, Eric. Je m’explique: imaginez une porte qui barre le passage entre deux pièces. Si on détient la clé qui l’ouvre, alors on peut passer, et ainsi a l’infini. Avec autant de clés qu’il y de serrures différentes. Maintenant, imaginons que ce monde et le nôtre se côtoient, qu’ils occupent le même espace dans ce qu’on appelle le " continuum espace-temps ", mais sur des fréquences vibratoires différentes... "
" Je sais pas pour Aymeric, mais moi, j’ai du mal à suivre ".
" C’est pourtant simple: la clé qui ouvre la porte entre notre monde et celui-ci est d’ordre vibratoire. Poussons plus loin le champ d’investigation. Prenons l’exemple du photon. Il n’est ni onde ni matière
parce qu’il se comporte soit comme l’un soit comme l’autre. Comparons notre corps au photon. On aboutit à l’idée que notre corps peut peut-être aussi se comporter comme une onde. Là est la clé, c’est nous même, notre propre corps. Reste un autre problème : la différence fréquentielle entre notre monde et celui-ci. Si cette différence était catégorique, nous ne pourrions jamais exister dans ce plan-ci. Il a bien fallu que l’on modifie la fréquence vibratoire de notre corps pour que l’on entre en résonance avec celle d’ici. Ensuite, préoccupons-nous du facteur énergétique. Il a fallu une sacrée énergie pour nous décaler de notre plan vibratoire d’origine. Et il en faut encore pour que ce type puisse nous tenir prisonnier, ici. Car sans apport continuel d’un type ou autre d’énergie, nous réintégrerions automatiquement notre plan vibratoire de départ, car la fréquence fonctionne comme un élastique, si elle ne subit pas une force continuelle, elle reprend sa longueur de départ. Mais là, je sèche. Je ne vois pas du tout quel type d’énergie emploie ce type. Pourtant, il lui en faut un maximum pour faire tous ces allers-retours, à lui et à ses acolytes métamorphes ".
" Je crois que je sais moi. Tu aurais dû deviner toute seule mais ton rationalisme t’en empêche. Pourtant, tu y es presque, mais il faut combiner à ton raisonnement logique une pincée de foi et d’imaginaire. Tu m’a permis d’entrevoir la " clé ". Tu parles d’énergie? Et ce type, il s’abreuve à quoi? ", lança énigmatiquement Eric.
" La cupidité... le vice... tout ce qui répugne à Djamel?... ", hasardait Aymeric.
" Mais oui, c’est ça. Et qu’est-ce que Djamel a toujours fui, contre quoi s’est-il toujours battu? ", reprit Eric.
" Les compromis, la lâcheté... ", cherchait à deviner Mireille.
" Vous le savez pourtant, tout au fond de vous, il a si souvent répété. Mais on vit avec cette chose depuis si longtemps, on nous l’a mis dans le crâne et le cœur si fréquemment, qu’on s’est habitué à elle comme à l’air qu’on respire ".
Aymeric écarquilla les yeux, tant il fut surpris par l’énormité de la chose: " LA
PEUR ", dit il, en épelant distinctement ces deux mots si habituels.
" Et oui! c’est ça, ce type se nourrit de la peur, c’est un puits intarissable. Rien d’étonnant à ce qu’il soit si puissant ".
" Alors, si je comprends bien. Cette gélatine noire est une émanation de ce type, et ce qui alimente son champ énergétique, c’est la peur que nous en avons... ", conclut Mireille.
" Et pour des esprit rationnels comme les nôtres: comprendre une chose, c’est ne plus en avoir peur ", eut le temps de dire Eric avant qu’ils ne " passent la porte ".
***
Ma bulle commence à se fissurer. Je ne vais pas tarder à éclore... Je sens des énergies nouvelles galvaniser toutes les fibres physiques et spirituelles de mon être. De la bulle émanent des flammèches blanches et des éclairs encore timides. Mes jambes remuent, mes bras aussi. La bulle est sur le point de craquer. Mon sosie est revenu me provoquer. IL a bien tenté de faire éclater la bulle, mais en vain. Ceci n’est pas en son pouvoir. Je le sens de moins en moins en moi; je ne vais pas tarder à l’expulser totalement. Il est probable que lui aussi ressente ma disparition progressive de son être. En moi, il n’est déjà plus qu’une petite voix qui halète pour tenter de respirer et capter la moindre molécule d’oxygène.
Mon esprit a radicalement changé. Tout ce que je soupçonnais est maintenant devenu des certitudes qui m’ouvrent d’ahurissantes perspectives. Je savais bien qu’un jour ou l’autre soit la folie me guetterait soit une mue des plus extraordinaires.
Parmi toutes ces certitudes, la plus grande (comme je m’y suis toujours attendu) est celle qui place toute réalité dans la dimension de l’illusion. Agir sur une réalité, c’est agir sur un ensemble d’illusions, de certitudes (vraies ou fausses) qui réglementent notre mode de pensée, et, en fin de compte, réduisent notre perception des choses. Laisser les choses, toutes les choses, même celles qui nous paraissent complètement farfelues, affleurer à notre conscience, revient à élargir notre réalité effective.
Très tôt, je sus que mon destin était hors du commun, mais devait m’emmener ailleurs...
Il va me falloir me préparer au combat final contre mon double.
***
Benjamin, Christophe et Stéphane avaient depuis longtemps dépassé l’orée de la forêt. Ils marchaient maintenant dans un champ qui paraissait abandonné.
Les cultures étaient envahies par les mauvaises herbes.
" Vous croyez qu’on approche? ", demanda dubitatif Benjamin.
" Arrête de douter, crois plutôt ", dit Stéphane.
Benjamin se tut, maussade. Il se demandait pourquoi il suivait ainsi les pas de Stéphane. Christophe, lui, avait l’air de faire confiance à l’intuition de son ami. Mais le problème était que quand Stéphane prenait à gauche, lui avait envie de prendre tout droit, ou bien à droite. Peut-être était-ce dû à son attachement aux principes de rationalisme.
Ils arrivèrent bientôt aux pieds d’une colline.
" Je crois qu’on arrive ", lança Stéphane. Christophe acquiesçia. Benjamin était dans l’expectative.
Au sommet de la colline, ils virent plusieurs bâtiments regroupés, à une distance de dix kilomètres.
" Je crois que c’est là ", annonça Stéphane.
" J’ai moi aussi cette impression ", confirma Christophe.
Benjamin resta silencieux, les yeux au ciel. " Y’a un problème les mecs ", dit-il, " regardez par là ". Ils fixèrent le point qu’indiquait son doigt pointé. " Des hélicos! ", dit alors Stéphane.
" Et on est complètement à découvert, pas un seul endroit où nous cacher ", constata Christophe en jetant des regards aux alentours.
" Ils ont dû détecter notre présence... On fait quoi s’ils viennent pour nous? ", s’inquiéta Benjamin.
" Vous croyez qu’ils ont ordre de tirer à vue?... on a vu des écriteaux qui interdisaient l’entrée, stipulant " Terrain militaire " ", dit Christophe.
" Oui, mais il n’y avait pas de barrage ou de clôture. On peut voir que tout ça se trouve autour de l’enceinte qui ceinture cet ensemble de bâtiments qu’on voit là-bas ", rassura Stéphane.
En réponse à leurs inquiétudes, certains hélicos ouvrirent le feu pendant que d’autres atterrissaient
pendant que d’autres atterrissaient pour laisser descendre des escouades de soldats empressés.
" Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel! Vous avez vu tout ce qu’ils nous envoient?! ", cria Stéphane, couvrant à peine le boucan des hélicos et des crépitements de balles qui sifflaient autour d’eux. Ils étaient à terre, les mains couvrant leur tête.
" Oh, les mecs! bougez-vous, transformez-vous! faites quelque chose, bordel!
On va pas se laisser canarder comme ça? ", hurla Benjamin.
" J’ai déjà essayé. J’ai pensé à mon amure, et il s’est rien passé ", dit Stéphane.
" Et toi Chris, pense à quelque chose qui nous sortirait de là ", demanda Benjamin.
" J’essaie! Mais y a rien qui se passe ".
" On peut peut-être se transformer que contre ces ombres... face à des êtres comme nous, physiques, nos pouvoirs n’agissent pas ", suggéra Stéphane.
" Mais on va pas se laisser emmerder par ces machines de merde. C’est que de la mécanique, des trucs assemblés autour d’un moteur. Et un moteur, ça peut caler ou exploser... ", enragea Benjamin.
" Oui, voilà, c’est ça ! Là, c’est à toi d’agir: pense à toi en train de bricoler et projette tout ça sur ces engins, en imaginant comment leur mécanique peut planter ", lança Stéphane.
" Oui... ", fit Benjamin en se concentrant. Ils entendirent des ratés dans les moteurs des hélicos, qui redoublèrent. Très vite, des moteurs explosèrent ou bien se turent, et l’essaim mécanisé s’écrasa progressivement sur leurs camarades à terre.
***
Le Président, du centre, vit l’échec de l’attaque à l’aide de jumelles. Il regarda les hélicos s’écraser comme des mouches de feu.
Dans un coin de la pièces des ombres bougeaient.
" Je ne comprends pas... j’ai pourtant fait ce que vous m’aviez demandé: j’ai envoyé tous les hélicos les intercepter. Je ne comprends pas... vous m’aviez dit qu’ils n’étaient que trois et sans armes... je ne comprends, plus ce qui se passe, je ne contrôle plus rien... ", fit le Président à bout.
Les ombres s’agitèrent. " Quoi? votre chef a un présent pour moi? ", s’étonna-t’il. Petit à petit, l’alter ego émergea de toute cette mouvance noire.
Habillé d’ombres nerveuses, il observa l’air surpris du Président, et lui dit : " Etrange comme je ressemble à cet individu que vous avez transporté ici, n’est-ce pas? Ne prenez donc pas cet air ahuri, cela n’est pas très conforme aux usages présidentiels ", le nargua-t-il, le sourire mauvais.
Puis, tout d’un coup, son visage se chargea d’une colère venimeuse; " Savez-vous à quel point vous ne m’avez été d’aucun secours? "
" Mais... mais... ", bégaya le Président.
" C’était pourtant simple: trois jeunes écervelés à capturer. Cela n’était pas grand-chose! Et vous n’en avez même pas été capable. Et maintenant, les voilà tout proches! Ils sont venus secourir leur ami... Savez-vous ceque cela signifie pour moi?... la fin, la fin de la peur. Ils ont su l’affronter et en triompher!... ils sont les premiers... les premiers à avoir suivi les pas de leur ami. Tous vont faire de même, si je n’y remédie pas immédiatement... "
Le Président était complètement abasourdi. L’être en face de lui était un être humain, il obéissait tout ce temps à un homme fou!...
Un fou qui se fichait de savoir si l’ordre régnait, pourvu que lui régnait!... fou, se dit-il, il a été fou lui-même de mentir à ses semblables, de les rendre pareils à à des moutons prêts à être emmenés à l’abattoir, et servir de déjeuner à ce fou sanguinaire.
" ... mais je vous ai promis un présent, je crois? et je tiens toujours mes promesses, en tout cas, lorsque cela me sert ", dit l’alter ego.
Il prit le président par l’épaule et lui fit diriger son regard vers les ombres
remuantes et denses du fond de la pièce. " Regardez, regardez bien... ", dit-il grimaçant un sourire au Président.
Une forme se détacha de ses semblables. Elle avança vers le président. " Regardez bien... ", souriait l’alter ego. Les contours de la forme prirent un aspect plus net, moins flou. Le président paraissait captivé par cette apparition, comme un adolescent excité par le danger. L’homme se recula, prit ses distances par rapport au président, car il voulait jouir du spectacle.
Le président ne s’en rendit même pas compte tant il était hypnotisé par la forme noire, maintenant toute proche de lui. Il se mit à fixer son visage... le sien, dans un premier temps, resta impassible, complètement pétrifié, comme un homme qui reçoit la foudre. Puis, il se décomposa en un masque qui reflétait une vision d’épouvant telle que son cri resta muet sur ses lèvres ouvertes en vain. Il s’écroula à terre, raide comme un piquet, les traits et les membres tordus par la peur.
Benjamin et les deux autres étaient arrivés à la clôture d’enceinte. " Bon, ben, je crois que c’est à toi de faire Benji, puisque c’est toi qui a le pouvoir d’agir sur les objets physiques ", dit Stéphane.
Benjamin sourit, et fixa la clôture qui leur barrait le passage. Doucement, son treillis électrifié se déchiqueta, comme par magie. Tout d’abord, ce ne fut qu’un trou insignifiant, mais qui, très vite, s’agrandit jusqu’à ouvrir un passage dans toute la hauteur de la clôture.
" Bravo, Benji. J’aimerais bien moi aussi pouvoir faire ça ", le complimenta Stéphane.
Les trois amis pénétrèrent dans l’enceinte. Des soldats arrivèrent en courant sur eux.
" Merde! comment on fait pour s’en débarrasser. Moi, je peux qu’agir sur les objets fabriqués par l’homme, toi Steph, sur les entités immatérielles... ", dit Benjamin.
" Reste le " créateur "... ", dit Stéphane en regardant Christophe.
"Quoi?... mais qu’est-ce que vous voulez que je fasse?... "
" T’as qu’à penser à quelque chose qui pourrait nous tirer de là... ", suggéra Stéphane.
" Mais... ", commença à objecter Christophe qui, très vite, préféra faire ce qu’on lui demandait. Il ferma les yeux, sans trop y croire... Puis, son visage se décontracta... Une rangée de canons futuristes apparurent soudainement. Tous firent feu sur les soldats qui approchaient. Leurs lasers verts mirent le feu à la terre devant eux. Quelques soldats, trop hargneux, voulurent continuer la lutte. Les canons les réduirent tous à l’état de cendres. Les autres, plus circonspects, préférèrent quitter ce champ de bataille où les chances étaient inégales.
Christophe rouvrit les yeux: " Alors? ", demanda-t-il.
" T’as réussi! tu les as tous mis en fuite! ", déclara joyeusement Stéphane.
Les canons avaient disparus quand Christophe avait rouvert les yeux.
" On est une force de frappe formidable! ", dit joyeusement Christophe.
" Oui, mais ne perdez pas la tête: tout pouvoir entraîne des responsabilités
qu’il faut assumer ", fit une voix changée derrière eux.
Ils se retournèrent d’un seul mouvement. " Djam! ", se réjouit Christophe.
Il était en face d’eux, souriant: " Vous avez finalement réussi à me retrouver... j’espère que ça n’a pas été trop dur de discerner toutes ces vérités?.. Non, ne cherchez pas à me toucher ", dit-il alors qu’ils faisaient mine de s’approcher, " mon contact est trop dangereux maintenant. Me toucher vous tuerait ".
Il était toujours nimbé de sa lueur blanche, des bandes blanches et denses se mouvaient le long de son corps. " Cette aura que vous voyez est un champ qui pompe toute forme d’énergie. Il est, en ce moment, réduit à son intensité minimale. Si je le poussais un peu, il vous engloberait, et vous priverait de vos énergies physiques et spirituelles... Je suis devenu un véritable siphon énergétique. Tout ce que je pompe, alimente ma puissance. Mais il faut constamment que je reste sur mes garde: tout ce pouvoir pourrait déborder de mon enveloppe physique, et devenir incontrôlable. Si vous me voyez sous cette forme, c’est parce que je désire l’être, car, en réalité, je n’en ai plus aucune: je ne suis plus qu’une énergie intelligente qui existe sur tous les plans du continuum, qui se présente comme une molécule hélicoïdale d’ADN, et elle remplit tous les univers. Je peux passer d’une dimension à l’autre sans fournir un seul effort, puisque j’existe en tout point de ce " multivers ".
" C’est incroyable, Djam! Je sens tes palpitations sur ma peau... ou ton énergie... je ne sais plus trop ", dit Christophe, les yeux écarquillés.
***
(A l’intérieur du centre)
" Je ne le sens plus en moi", s’affolait l’homme en noir. Il jeta des regards précipités tout autour de lui, s’attendant à son apparition. La salle dans laquelle il se trouvait était anormalement sombre alors que les baies vitrées diffusaient la luminosité du soleil. On pouvait distinguer une multitude de mouvements dans ce nid noir et dense de serpents.
" Le moment approche... ", dit l’homme, " il n’est plus temps pour moi de me contenter de flux émotionnels modérés. Il me faut plus de pouvoir, plus de peur, pour réaccéder au multivers. C’est la seule façon pour moi de tenir tête à mon double ".
" Allez ", dit-il aux Ombres, " allez tous les faire mourir de peur. Qu’ils périssent... je n’ai plus que faire d’eux désormais... "
La masse noire se souleva comme une mer en furie.
" C’est incroyable... ", répéta Christophe, n’ayant que ce mot à la bouche.
Djamel leur souriait amicalement, transfiguré par la paix que son esprit avait trouvé dans la pleine exploitation de ses possibilités.
" J’ai une surprise pour vous ", dit-il, baigné par une lumière surnaturelle.
Il toucha de sa paume ouverte un point situé dans les airs. De ce point, une lueur éclatante prit naissance, pour vite s’agrandir en un large cercle nappé d’un blanc irradiant... Leurs amis, Eric, Aymerick et Mireille en furent comme expulsés. Ils atterrirent sur l’herbe rare assez durement.
" Je les ai dirigé ici, après qu’ils surent triompher de leur peur maladive. Vous allez avoir besoin les uns des autres, aujourd’hui plus que jamais. Moi, j’aurai à livrer mon dernier combat dans cette réalité, et cela va solliciter toute ma force ".
L’homme transfiguré se tut soudain et leva la tête sur le centre qui les dominait de sa taille. Une nuée noire et incroyablement dense s’en propageait et commençait à engloutir le soleil.
" Cela commence, je dois vous laisser... Un conseil: un seul de vous peut les combattre directement ", dit-il en regardant Stéphane. " Mais il va avoir besoin de vous car ses forces sont limitées. Vous saurez d’instinct comment... Sachez qu’en tout cas, sans vous, je ne serez pas ce que je suis. Merci, et adieu... ", dit-il en s’évanouissant dans les airs.
" Djamel! ", appela Mireille, en se levant précipitamment.
Christophe posa sa main sur son épaule pour la retenir: " Laisse-le partir... ", lui dit-il doucement. Elle le regarda, les yeux humides.
" Il ne faut pas que tu flanches. N’oublie pas ce qu’il vient de dire: on va avoir besoin les uns des autres. Et je crois qu’il a raison si j’en crois toute cette flopée noire qui se dirige sur nous, et qui a déjà noirci l’horizon ".
Ils se regroupèrent, fixant cette masse mouvante, comme une marée noire venue tout engloutir. Stéphane, sans effort, se vit revêtu par son amure, comme si elle savait qu’il était en danger. Son épée vibrait d’une énergie propre, comme si elle était douée d’intelligence et elle brûlait d’en découdre
avec toute cette malfaisance qui pervertissait l’humanité depuis des siècles.
" Il ne faut pas regarder leurs visages, sinon, tu y verras tes propres peurs ", lui dit Mireille.
" J’ai une idée: je te crée un masque de verre. Il recouvrira ton visage et te protégera de ce qu’ils te montreront, en réfléchissant leurs images sur eux-mêmes ", lui dit Christophe en joignant ses deux mains sur le visage de son ami. Un instant après, il enleva ses mains et un masque de verre merveilleusement poli couvrait le visage de celui qui allait devoir les protéger de son épée qui remuait nerveusement dans son poing.
" J’ai moi aussi une participation à notre lutte commune: je fais de ton bouclier un miroir qui leur renverra leur noirceur au visage ", dit alors Benjamin en plaquant ses deux mains sur le bouclier qui attendait patiemment le moment du choc. Il se couvrit d’une pellicule réfléchissante aussi solide que l’acier.
" Nous trois seront la terre dont il tirera force et endurance ", dit Mireille.
Elle, Aymeric et Eric se collèrent l’un contre l’autre. Leurs corps se liquéfièrent, devinrent mous comme de la pâte à modeler. Ils s’entremêlèrent pour former un extraordinaire rocher dont on sentait l’énergie pulser à l’extérieur. Christophe et Benjamin s’en approchèrent. Quand ils le touchèrent, ils furent comme avalés par lui: ils étaient maintenant dans une forteresse inexpugnable. Stéphane recula dos au rocher. Il sentait sa chaleur le remplir d’une puissance qui lui paraissait sans limites.
L’Ombre se rapprochait inexorablement. Puis, le choc advint. Le spectacle était ahurissant: Stéphane était comme en plein milieu d’un brouillard noir comme de l’encre. L’air corrompu était régulièrement illuminé par l’intensité de la bataille.
" Cesse tes folies. Je ne saurais te laisser continuer ", dit l’homme en blanc.
L’autre homme se retourna, le visage grimaçant: " Te voilà ", feula-t-il.
" Tu viens tenter de mettre un terme à mon règne? Pourquoi? Pourquoi ne partirais-tu pas ailleurs? tu sais bien que c’est là ta destinée, alors pourquoi ne pas le faire tout de suite? sans te fatiguer pour tous ces pitoyables êtres craintifs ".
" Je ne puis. On m’a appris la confiance et la compassion. Si je partais ainsi, sans aider ceux qui m’ont autrefois aidé, ma conscience serait entachée de telle sorte que je ne pourrais jamais accéder au plan d’existence auquel je suis destiné... je serais comme toi prisonnier de moi-même, de ma rage, de ma violence, de mes douleurs pugnaces du passé ".
La salle était environnée d’Ombres qui cherchaient en vain à happer le nouvel arrivant. Des flammes blanches partaient les dévorer tranquillement, chaque fois qu’ils s’approchaient trop, de telle sorte que l’aura de l’homme restait aussi pure, aussi immaculée.
L’homme en noir, quant à lui, recevaient la nourriture émotionnelle que ses créatures étaient parties voler aux hommes. Tout autour de lui, l’Ombre se faisait plus dense, plus noire encore.
Il sourit, et dit: " Sens-tu ma puissance s’enfler démesurément? Mes serviteurs viennent plus nombreux dans cette dimension pour venir me sustenter de la peur des hommes. Leur dévouement à mon égard va dévaster cette terre pour que je te terrasse. "
" Crois-tu que je vais te laisser agir? Détrompe-toi. Je tente de te persuader d’abandonner, car je répugne à t’anéantir. Mais si tu m’y obliges, sois-en sûr, je n’hésiterai pas à t’envoyer dans les Limbes. "
" Tu t’illusionnes: tant que la peur des hommes est vivace, moi je ne peux disparaître. En outre, comment pourrais-tu étendre ton aura jusqu’à atteindre les dimensions d’un monde? de plusieurs mondes, car sache que la peur n’est pas le trait des hommes seuls. Dans d’autres mondes, elle accomplit ses ravages dans leur âme timorée. Et puis, même si tu es capable d’étendre ton aura à ce point, comment pourras-tu
continuer à préserver cette enveloppe qui te permet d’exister sur ce plan-ci? ", argumentait l’homme en noir.
" Je m’y suis résigné: c’est ma destinée. Autre chose m’attend, ailleurs... "
" Cet ailleurs, c’est les Limbes dans lesquelles je vais te précipiter! ", dit l’homme en noir en levant son bras sur son adversaire. Autour de son poing fermé, l’ombre se fit crépitante, dansant de mille flammes noires qui, dans un jet puissant, partit frapper l’homme devant.
En contact avec l’aura, il y eût toutes sortes de crépitements électriques.
Le jet continua à pilonner ce rempart qui semblait être indestructible.
L’homme en noir avait le visage crispé par l’effort. Tout autour de lui, les ombres s’agitèrent et se firent plus nombreuses, plus compactes.
L’autre restait impassible, avec un air de regret qui voilait son visage d’amertume.
Fixant, avec un air navré, son adversaire, il commença à faire enfler son aura de nébuleuse blanche. Le jet noir reculait contre cette paroi de verre transparente qui avançait inexorablement. L’homme en noir mit alors toutes ses réserves de puissance dans le combat. Les rayonnements devinrent apocalyptiques, les ombres prises dans l’étau de l’aura s’effilochaient rapidement, puis elles disparaissaient comme des traînées de poudre noire dispersée par les vents. Elle s’approchait calmement de l’homme en noir dont le visage était crispé par l’effort grandissant qu’il fournissait, elle était comme une eau claire lavant un sol sali.
L’homme en noir voyait sa fin s’approcher sans rien pouvoir y faire. Ses créatures d’ombres affluaient dans la salle, avec toujours plus de victimes. Rien y fit; l’aura était sur le point de l’englober. Il reculait pas à pas devant ce péril; chacun de ses pas voyait l’aura gagner du terrain.
Acculé contre un mur, l’homme en noir s’apprêtait à " passer " une porte, pour échapper à cette nébuleuse dévorante qui le convoitait. Il n’en eut pas le temps, alors qu’il rompait le combat et se retournait contre le mur. L’enveloppe nappée de blanc et de lumière l’engloba, et l’envoya nourrir la dimension des Limbes.
La salle assainie, l’homme poussa son aura plus encore. Elle se mit à envelopper le centre dans son entier. Les ombres alentours continuaient à s’évanouir une fois happées.
A proximité, Stéphane continuait sa lutte âpre, quand son regard fut attiré par cette boule d’énergie qui déchiraient toutes les ombres. En peu de temps, elle engloutit les six amis qui n’y comprenaient rien. En même temps qu’eux, des ombres furent englouties. Ils les virent être déchiquetées lambeaux par lambeaux, comme un vêtement répugnant. Ils s’attendirent à l’être eux aussi. Vaine attente: elle ne fit que leur procurer un indéfinissable bien-être, obéissante aux directives de l’homme en blanc. Elle les remplit d’une joie pleine et entière.
L’amure de Stéphane disparut comme par enchantement, ainsi que son épée et son amure. Le masque qui recouvrait encore son visage, disparut aussi, sa tâche accomplie. Le rocher recracha Benjamin et Christophe. Puis, dans un étoilement scintillant, il disparut. A sa place se trouvaient Eric, Aymeric et Mireille, agréablement surpris sans trop savoir pourquoi.
La nébuleuse immaculée n’arrêta pas là sa marche, au contraire, elle se propageait comme se propage l’éclaircie qui troue les sombres nuages orageux.
Elle allait là où se trouvait la plus petite parcelle, le moindre atome d’ombre.
Baignés par elle, les hommes se sentirent plus forts, en paix avec eux-mêmes.
Une fois la Terre incluse dans son champ d’action, elle se lança vers d’autres mondes, dans d’autres dimensions, pour les libérer de leurs fardeaux pénibles.
A l’intérieur du centre, l’homme en blanc restait silencieux et immobile.
Tout autour de lui devenait meilleur, il le savait. Il ferma les yeux. Et petit à petit, on voyait sa forme se dissiper comme un rêve.
Une fois atteint son expansion maximale, l’aura se dissipa partout dans les mondes qu’elle avait recouverte comme les rayons du soleil s’amenuisant quand la nuit régénératrice se met à tomber.
Dans tous ces mondes, les êtres se sentirent plus libres, moins entravés.
Devenus plus sûrs de ce qui était important.
Sur la Terre, les effets étaient les mêmes. Les hommes n’avaient en eux plus une goutte d’amertume, de convoitise, ou de rancœur. Chacun, à sa grande surprise, avait envie d’embrasser son voisin, même s’ils étaient ennemis depuis des lustres.
Près du centre, les six amis se regardèrent, surpris de constater que tout était fini, comme si leur vie passée n’était qu’un mauvais rêve qu’ils ne tarderaient pas à oublier.
Ils regardèrent alternativement le ciel, la terre et eux mêmes plus très sûrs de ce qui était rêve ou réalité.
Au bout de quelques instants, Mireille prit la parole, comme pour dissiper les dernières brumes: " Qu’est-il arrivé à Djamel, à votre avis? "
Les autres furent comme étonnés d’entendre une voix humaine.
" Il est sûrement parti... ", dit Aymeric, " il ne pouvait pas vivre longtemps ici ".
Ils se turent, comme pour lui dire un dernier au revoir.
" J’ai l’impression qu’il n’a jamais existé en dehors de notre imagination. Je pense à lui, comme à un rêve qui se serait envolé... ", dit étrangement Eric.
" Peut-être n’était-il qu’un rêve, après tout... ", reprit Christophe.